Naissance, vie et mort d'un groupe de rock amateur

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Paris, un dimanche après-midi pluvieux. Je viens d’annoncer à ce qu’il reste de mon groupe de rock que j’arrête.

En vrai le groupe n’allait plus très bien depuis longtemps, mais il représentait quand même quelque chose d’important pour moi. À mon âge, je suis bien conscient qu’on devrait plus se soucier de la marque de sa montre que de celle de sa basse, chacun ses priorités. Pas de quoi en faire un drame, simplement la fin d’un projet auquel je tenais. Mais aussi je l’espère le début d’autre chose.

C’est quoi un groupe de rock ?

Cette question peut paraître un peu stupide. Tout le monde sait ce qu’est un groupe de rock : des gens qui se rassemblent et qui font de la musique avec des instruments amplifiés, une batterie et du chant. Souvent ils boivent des bières, fument des clopes (ou autre) et jouent trop fort. Ça c’est le résultat, le rendu d’un groupe, ce qui se voit de l’extérieur.

Mais un groupe c’est aussi et surtout autre chose : c’est un système. Un système avec son fonctionnement propre, ses codes, ses rôles, ses problèmes humains et logistiques, ses prises de tête, ses moments de rire. Et parfois ses instants de grâce, quand la musique émerge, l’émotion, la symbiose, qu’une fois le morceau terminé on a l’impression d’avoir fait du sport ! Ces moments sont rares et précieux, ce sont eux que l’on recherche.

La naissance

Il existe mille et une façons de créer un groupe. Pour moi avec mes groupes, tout est passé par des rencontres et bien sûr internet. Tiens, tirons le fil qui mène à la création de mon dernier groupe (on parlera bientôt de Spinoza soit dit en passant).

Un jour je me suis dit que je (re)prendrais bien des cours de basse. Alors j’ai cherché un prof sur Paris et j’ai pris quelques cours. Ce prof connaissait un gars, Olivier, qui cherchait à monter un groupe de reprises rock. Bon, pas trop mon truc les reprises mais comme je n’avais rien sous la main à ce moment-là et que mon prof me disait qu’Olivier était bon, j’y suis allé quand même. J’ai bien fait, ça a tout de suite bien fonctionné tous les deux.

Alors on a cherché un batteur, dont j’ai oublié le nom, puis un chanteur, Yass, un pote à moi. Et on a monté le groupe Joe Lexine. Après quelques concerts, Olivier a décidé de quitter Paris pour s’installer en province. De toute façon, Yass et moi on ne voulait plus faire de reprises. On a donc décidé de trouver un nouveau batteur, Tonio, une vague connaissance de Yass de la Butte aux Cailles. Et on a passé une annonce sur Zikinf pour trouver un guitariste : Rod. Voilà, le groupe Split Machine dans sa première version était né.

La vie

C’est là que les problèmes commencent diront certains. Dans un groupe de ce type, amateur, au sens où il n’y a pas d’argent en jeu, seule la motivation des membres permet de faire avancer les choses. Vous allez me dire, même quand il y a de l’argent c’est le cas. Pas faux. Mais si en plus vous ne mettez pas de hiérarchie dans le système, que chaque parole pèse autant qu’une autre, alors c’est plus compliqué.

In fine les rôles finissent globalement par s’établir : celui qui porte un peu le projet (les compos, la DA), celui qui suit, celui qui s’occupe des aspects logistiques un peu chiants (réseaux sociaux, réservation des répètes, trouver des concerts - plus compliqué, ça pourrait faire l’objet d’un autre post), celui qui parle mais ne fait pas grand chose. Bref, le système se met progressivement en place, avec plus ou moins de difficultés et de remous. Les premiers temps, tout le monde est motivé : on sort les premiers morceaux, on fait les premiers concerts, on est contents de jouer, et parfois ça sonne méchamment !

La mort

Mais voilà, c’est dur. Ça prend du temps, de l’énergie, de l’argent aussi. Et puis surtout il faut écrire des morceaux, si possible des bons, qui plaisent à tous les membres du groupe. Mais quand on n’est pas les Beatles le processus peut être long et fastidieux. Il peut éroder la motivation des membres les moins impliqués. Les styles musicaux s’affirment également, des divergences peuvent apparaître. Encore une fois, dans le contexte d’un groupe sans leader affirmé, le consensus est de mise et par définition n’est pas évident à trouver.

C’est alors que viennent les premiers désalignements qui peuvent alors amener à des changements (par exemple de chanteur - Yass -> Arno -> Amine) ou de baisse de régime de certains pour des raisons diverses, tant musicale que personnelle. Et donc une naturelle redéfinition des forces en présence.

Jusqu’à ce que l’ensemble de ses forces ne suffisent plus à faire avancer le groupe. Cet instant s’est souvent installé depuis un moment avant que la décision d’arrêter ne soit prise, car c’est comme un deuil qu’il faut surmonter. Le deuil des moments magiques, des rencontres, de l’odeur des studios, des sifflements dans les oreilles, des pauses bières, des sessions d’enregistrement, de mix, d’arrangement, d’écriture, de réécriture… C’est tout un univers qui disparait, et avec lui une partie de ma raison d’être.

Et après ?

Je ne vais pas finir sur une note si sombre. Toute fin est le début d’autre chose. Mais c’est toujours un effort pas évident de repartir de zéro sur un autre projet : il faut d’abord le définir, qu’il soit bien aligné avec la personne que l’on est ou que l’on suppose que l’on sera dans les prochaines années. Et puis il faut trouver des gens (le travail solo c’est pas trop mon truc), aussi probablement accepter d’assumer un rôle différent.

La musique fait partie de ma vie depuis l’âge de 5 ans, et ce qui est certain c’est qu’elle continuera de l’être dans les années qui viennent. Quoi d’autre sinon ?

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